Pol Roger : 118 Ans plus tard… Quand le rêve devient réalité

23 février 1900 – L’effondrement

Pol Roger se lance dans le négoce du vin de Champagne à peine âgé de 18 ans. Il réalise sa première vente le 2 janvier 1849 puis s’installe à Epernay en 1851.

Maurice et Georges succèdent à leur père en 1899 et rien ne les a préparés à la situation à laquelle ils doivent faire face le 23 février 1900, après une période de froid intense et de pluies diluviennes.

Une coupure du Vigneron Champenois du 28 février rapporte les faits suivants : « Vers deux heures du matin, un sourd roulement semblable à celui de la foudre réveilla M. Roger et M. Leclerc, le chef de caves, sans pour cela les inquiéter. Deux heures plus tard, un bruit plus caractérisé leur donna l’éveil. Ils se levèrent à la hâte et quelle ne fut pas leur stupéfaction, de s’apercevoir qu’il venait de se produire une catastrophe. Une partie des immenses celliers s’était écroulée ainsi que les bâtiments annexes, entraînant dans leur chute les tonneaux pleins, les bouteilles et le matériel qu’ils abritaient. Quand les ouvriers arrivèrent à leur travail, le désastre était complet. Le sol était affaissé au milieu sur les nouvelles caves, des murs étaient démolis, des murs voisins fortement lézardés, le sol des rues Henri le Large et Godard-Roger crevassé et le terrain dans toute cette partie descendu de plus de 4 mètres».

Heureusement, l’accident se produit au milieu de la nuit et aucun ouvrier n’est présent sur le chantier. Les pertes sont considérables et s’élèvent à 500 fûts et 1,5 million de bouteilles. Maurice et Georges espèrent pouvoir récupérer des bouteilles en ouvrant un tunnel à travers les caves détruites mais un autre effondrement le 20 mars dans une propriété voisine les contraint à mettre fin aux opérations.

C’est à cette époque qu’ils achètent une grande propriété, rue du Commerce (aujourd’hui Avenue de Champagne), sur et sous laquelle ils firent construire, à partir de 1900, d’importants locaux.

15 janvier 2018 – La première bouteille…

La maison est actuellement en phase d’études préalables à d’éventuels travaux d’agrandissement de son outil de production à Epernay, à l’endroit même où l’effondrement s’est produit en 1900. Profitant de ces études, il est procédé à plusieurs sondages en soussol jusqu’à ce que l’un d’eux aboutisse dans le vide…l’exploration de cette cavité laisse apparaître un grand nombre de morceaux de verre cassé mais surtout une bouteille intacte ! Dominique Petit, (chef de caves) et Damien Cambres (directeur de production et futur chef de caves) ne résistent pas à la tentation de faire élargir l’ouverture.

Les jours suivants, 6 puis 19 bouteilles sont extraites. Ces dernières semblent être dans un excellent état de conservation : le vin est brillant, les niveaux corrects et les bouchons de liège profondément enfoncés. S’il est difficile de deviner le millésime exact (1889 pour les plus anciens à 1898 pour les plus récents), il s’agit de bouteilles encore sur lies qui demanderont à êtres remuées puis dégorgées avant dégustation. Comme d’ordinaire chez Pol Roger, la patience est de mise.

Le chantier a temporairement été stoppé car la craie est actuellement gorgée d’eau. La Maison a entretemps missionné une entreprise spécialisée pour assurer la sécurité des recherches. Seulement ensuite, de futurs sondages pourront reprendre et peut-être dévoiler d’autres trésors. Ce sont donc les petits-enfants, et arrière-petits-enfants de Maurice et Georges Pol-Roger qui exaucent leur vœu de retrouver ces bouteilles perdues.

Cette découverte est également un magnifique cadeau pour Dominique Petit qui s’apprête à partir en retraite et pour Damien Cambres qui prend sa suite cette année.

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